[Culture Moto] Roberto – Tatoueur

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Portrait de Roberto Dardini dit Roberto – Tatoueur

Aujourd’hui je prends la liberté de me pencher sur une culture qui fait partie à part entière de la culture Moto : le Tatouage.

Dis « MotardConnard » à un caisseux, il te répondra « Aigle tatoué ». Bon ok, on a un peu évolué. Enfin certains.

J’ai la chance d’être passé sous l’aiguille de Roberto, ce grand monsieur (je dirai environ 1m92), que je me fais un plaisir de vous présenter. 

Roberto-motard-connardRoberto, peux-tu te présenter, nous dire d’où viens ton nom…?

Roberto : Mon père est Italien. Il a choisi de m’appeler Robert, en hommage à l’un de ses cousins en Italie. Robert, je n’ai jamais aimé. Il n’y a que la famille qui m’appelle comme ça. Sur le reste de mes papiers, c’est Roberto.

Pour venir directement au cœur du sujet, car les lecteurs s’impatientent déjà, tu as souvent des motards comme clients ? 

Roberto : T’as autant de motards, que de personnalités ou de non-motards (sûrement plus) !

Selon toi, d’où provient ce rapport Motard/Tatouage ?

Roberto : J’imagine que la moto, comme plein de choses extrêmes, si l’on peut dire que la moto est « extrême », comme le skate, le surf… procure aux gens le sentiment de se sentir vivant. Ce sont des pratiques qui offrent un mode de vie qui permettent de se sentir vivant.

C’est d’ailleurs ce sentiment qui a fait exploser notre profession : les gens veulent se réapproprier leur corps.

Comme au travers du tatouage, je pense qu’une partie des motards cherchaient le coté « rébellion ». Aujourd’hui je pense que c’est moins le cas, mais que le caractère « rebelle » reste très présent. C’est un marqueur, une manière de s’affirmer.

bras-robertoTu as ton permis moto ? 

Roberto : J’ai failli le passer pendant une période. En fait, j’ai peur de me planter. Je suis du genre à faire les choses à fond. Si je passe mon permis, je m’achète une grosse moto. Je sais que je prendrais de gros risques car je ne saurai pas bien maitriser le pilotage.

Aujourd’hui, je suis limité par mon gros 4×4. Je vis une partie du temps dans les montagnes, je passe dans des chemins, des forêts… Avec ce 4×4, j’ai le pied au plancher à 130km/h ! C’est que du bonheur ! *rire*. Ca me permet de ne pas perdre mes points.  Aujourd’hui c’est compliqué de rouler. En moto, une limitation à 50 km/h c’est compliqué. Tu ne peux pas avoir le nez sur le compteur tout le temps.
Avec mon 4×4, je suis plus tranquille. C’est comme un camion. Faut le lancer.

Ca me va bien, j’ai tous mes points ! *rire*

roberto-conventionPeux tu nous parler du rapport que tu as à ton métier, ce qui te plait dans ta profession de tatoueur ? 

Roberto : Ce qui me plait dans ce métier, c’est le relationnel humain.

J’ai toujours connu ça au cours de ma carrière. Gamin, je détestais l’école. J’ai commencé à bosser à l’âge de 13 ans en tant qu’apprenti pour un CAP Cuisine. Je suis né en Alsace, je suis rentré dans un des restaurants les plus prestigieux. La cuisine n’était pas vraiment une vocation. Ce qui m’intéressait, c’était le caractère artistique, la présentation, le dressage.

À 22 ans j’ai lancé mon premier commerce, un bar / restaurant. Ce qui me plaisait déjà durant cette période, c’était le relationnel.

À 23 ans j’ai travaillé comme Garde du Corps à la Réunion. Ensuite j’ai travaillé dans le milieu de la nuit en tant que portier physionomiste. Le milieu de la nuit est très superficiel donc ça m’a gavé. Mais le relationnel a toujours été très présent dans tous les métiers que j’ai exercé.

J’ai la chance d’avoir toujours vécu de ma passion ; le dessin et les sports de combat.

Dans notre métier, le relationnel est ce qui prime. Comprendre la personne. Savoir retranscrire ce qu’elle souhaite, son besoin.

Dans mon métier, il n’y a pas de statut social. Tu peux être un grand flic, un grand truand, un notaire, quelqu’un qui a d’la tune, quelqu’un de fauché… ce qui est important, c’est la relation entre les gens. Je ne fais que des grosses pièces… 10, 20, 30, 50 heures… j’échange beaucoup avec les clients, on apprend à se connaitre.

Roberto-DosToujours selon toi, comment vis tu l’évolution de ton métier de tatoueur ?

Roberto : Il évolue super bien ! T’as entendu parler de la dernière loi ?! [À ce moment je le pense ironique]. Depuis quelques jours, les militaires ont le droit de se faire tatouer ! Le Gouvernement trouve que c’est NORMAL. C’est une démocratisation qui vient de l’État !

MotardConnard : C’est assez ironique après cette histoire des pigments interdits…

Roberto : En fait ce débat n’est pas venu de l’État, mais d’un dermato qui est venu faire chier autour de pigments utilisés car nous les utilisions alors que d’autres professions, n’avaient pas le droit de les utiliser…

Ca aurait été un retour en arrière. J’aurais adoré que cette loi passe ! Ca aurait eu un parfum de prohibition !  On aurait eu encore plus de demande en couleur ! J’avais même acheté un plus gros stock de couleur *RIRE*.
Les mecs auraient tatoué chez eux, on aurait baissé les stores pour tatouer en couleurs, les gens auraient été fiers de se balader avec de la couleur ! Ca aurait redonné un cachet rebelle !

François Hollande va finir tatoué !

Aujourd’hui beaucoup de choses ont changé. Avant la question de l’esthétisme ne se posait pas. On appartenait à un groupe. Les tatoueurs avaient 20 motifs parmi lesquels tu choisissais soit une panthère noire, soit une rose…

Ce qui a explosé dans notre travail, c’est que l’être humain s’est réapproprié son corps : Tu veux une paire de nichon plus grosse, tu fais de la chirurgie esthétique. Tu fais de la musculation, tu te nourris aux protéines. Les gens peuvent modifier leurs apparences.

Le tatouage comme beaucoup d’autres phénomènes participent au phénomène de différenciation, d’individualisation. C’est là que sont nés les vrais artistes tatoueurs.

Et plus il y a de clients, plus il y a de tatoueurs. En Europe, on peut dire qu’Artiste Tatoueur est une profession très récente.

Et si tu regardes au Japon, les maitres ne sont pas vraiment des créatifs. Ils reprennent des estampes existantes. C’est ultra codifié. Il faut utiliser tel symbole avec tel symbole, si tu veux un tigre il faut telle fleur parce que ça symbolise telle saison…

Nous on peut utiliser n’importe quel code avec n’importe quel code, on peut dessiner des fleurs, des bites avec des bites… On peut vraiment faire n’importe quelle créa.

Si ça avait été le cas à la Renaissance, avec leur technique, sans les carcans de la société, ça aurait été génial !

Tu as des adresses à nous recommander ? 

Roberto : Pour moi, aujourd’hui, la référence dans le tatouage c’est Jeff Gogue. Pour moi c’est le meilleur tatoueur au monde. Sur les fleurs, je le nique *rire*. Sur tout le reste, il me nique…

J’ai besoin d’avoir des gens au dessus de moi. Ca me stimule et m’oblige à me remettre en question. C’est important pour avancer.

Sinon je vous recommande Sanhugi [C’est à la fois un salon de coiffure ET de tatouage, ndlr] : les coiffeuses y sont très mignonnes ! *rire*

[Je ne peux que vous recommander également son site « les derniers trappeurs » et sa page Facebook qui sont somptueux]

roberto-faisant-conPour clore cet entretien, c’est quoi pour toi un MotardConnard ?

Roberto : Je ne vais pas me faire de potes…

C’est celui qui a 40 ans, qui a une bonne situation, qui achète une Harley Davidson, qui veut montrer que tout va bien, qu’il est cool. En fait, il est en pleine crise de la quarantaine.

Pour moi c’est le faux motard, qui va mettre 30/40/50K dans sa moto juste pour faire plein de bruit, pour qu’on le regarde et se la raconter. C’est le mec qui fait le beau.

Certaines sont magnifiques hein… mais tout ça pour se faire voir. C’est un gros investissement pour faire le kéké…

Ce mec là a aussi souvent des tatouages. C’est parfois un besoin d’extérioriser quelque chose qu’il ne vit pas au quotidien. Il est dans le business, il a un emploi strict, un bâton dans le cul…
En fait c’est quelqu’un qui s’invente une vie qu’il n’a pas…

Et ça ne va pas modifier sa vie…

À coté de ça, j’ai des potes chez les Hells Angels, ils se déplacent en BM ou en Scoot dans Paris, parce que tout simplement c’est plus pratique. *Rire*

 

Rétrospective Tatouage de Roberto :

Naissance : 02.12.1970

Travail au chat perché de 2000 a 2004.

Création du salon Art Corpus en Juillet 2004 .

 

 

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